Maymana Consulting

Illustration de la Blockchain dans les banques au Maroc présentant paiements, KYC, trade finance, tokenisation, conformité et gouvernance.
BANQUES, SERVICES FINANCIERS & DLT | MAROC

Blockchain dans les banques et services financiers au Maroc : quels usages et quels enjeux ?

Les banques n’ont pas besoin d’une Blockchain pour digitaliser leurs services.

Elles disposent déjà de systèmes transactionnels robustes, d’infrastructures de paiement, d’API, de plateformes de compensation, de dispositifs d’identité, de systèmes de conformité et de référentiels capables de traiter des volumes considérables.

La question pertinente est donc différente :

Dans quels processus plusieurs acteurs financiers doivent-ils encore réconcilier des informations, des documents, des droits ou des événements — et une DLT peut-elle réduire ce coût mieux qu’une architecture conventionnelle ?

Au Maroc, cette réflexion s’inscrit dans un environnement financier qui évolue rapidement : développement des paiements électroniques, émergence des Fintech, réflexion sur l’Open Banking, travaux sur les crypto-actifs et exploration d’une monnaie digitale de banque centrale. Bank Al-Maghrib place d’ailleurs la digitalisation, les Fintech et les paiements électroniques parmi les axes de son plan stratégique 2024-2028.

Maymana Consulting aborde donc la Blockchain bancaire comme un arbitrage de performance, de gouvernance, de conformité et d’architecture, et non comme une technologie à imposer.

Pour replacer ces usages bancaires dans l’écosystème plus large des DLT, de la réglementation et des cas d’usage nationaux, consultez notre analyse Blockchain au Maroc.

Pourquoi les banques et institutions financières étudient-elles les DLT ?

Le secteur financier repose sur une multitude d’acteurs qui doivent partager une représentation cohérente d’une opération : banques, établissements de paiement, contreparties, dépositaires, infrastructures de marché, entreprises, autorités, intermédiaires et clients.

La difficulté n’est pas toujours de réaliser la transaction.

Elle peut être de faire reconnaître le même état de cette transaction par plusieurs organisations.

C’est là qu’une DLT peut devenir intéressante : lorsque le coût de coordination, de réconciliation, de preuve ou de gouvernance entre acteurs autonomes devient significatif.

Le contexte marocain est parallèlement favorable à l’expérimentation financière : le Morocco Fintech Center réunit notamment autorités publiques, régulateurs financiers, institutions académiques et plusieurs acteurs bancaires afin de soutenir l’écosystème Fintech.

Quand une Blockchain peut-elle réellement créer de la valeur dans les services financiers ?

Plusieurs institutions doivent partager le même état d’une opération

Lorsque chaque acteur maintient sa propre copie d’un dossier ou d’une transaction, les divergences génèrent contrôles, rapprochements et délais.

La réconciliation représente un coût significatif

Une DLT peut être étudiée lorsqu’une part importante du processus consiste à vérifier que plusieurs systèmes parlent bien de la même opération.

L’ordre et l’intégrité des événements doivent être démontrables

La capacité à établir qui a enregistré, validé ou modifié une information peut créer de la valeur dans certains processus audités.

Aucun participant ne doit administrer seul le référentiel commun

Lorsque plusieurs institutions souhaitent collaborer sans déléguer la totalité du contrôle à une seule d’entre elles, une gouvernance distribuée peut être étudiée.

Certaines règles peuvent être exécutées de manière commune

Des règles relatives à une validation, une livraison, une disponibilité de fonds ou un transfert peuvent parfois être automatisées.

La valeur créée dépasse le coût de la complexité

C’est le critère décisif.

Une DLT doit générer suffisamment de valeur pour compenser son architecture, sa cybersécurité, ses intégrations, sa gouvernance et son exploitation.

Quels cas d’usage Blockchain peuvent être étudiés dans les banques au Maroc ?

Réconciliation interbancaire et opérations multi-acteurs

Certains processus impliquent plusieurs organisations qui enregistrent séparément les mêmes événements.

L’intérêt potentiel d’une DLT est alors de réduire la multiplication des versions et certaines opérations de rapprochement.

Mais cela nécessite de démontrer que le référentiel distribué fait réellement mieux que l’infrastructure mutualisée ou centralisée existante.

Trade finance et financement du commerce

Crédits documentaires, garanties, factures, documents de transport, validations et événements logistiques peuvent mobiliser de nombreux acteurs.

Une architecture partagée peut être étudiée pour améliorer :

la traçabilité documentaire, la preuve, le partage d’événements et certaines automatisations.

Le bénéfice ne vient cependant pas de la Blockchain en elle-même, mais de la capacité à supprimer des frictions mesurables entre participants.

Lien contextuel :

Industrie, Logistique & Supply Chain

KYC, identité et preuves partagées

Une entreprise peut devoir fournir des informations similaires à plusieurs institutions.

Une architecture de partage ou de vérification de preuves pourrait réduire certaines duplications.

Mais un dispositif KYC distribué doit préserver :

responsabilité réglementaire, confidentialité, contrôle des accès, rectification, actualisation des informations et protection des données.

Il ne suffit donc pas de placer des informations clients dans un registre partagé.

Lien :

LBC-FT, KYC & flux

Garanties, collatéraux et droits financiers

Certains processus peuvent bénéficier d’une meilleure visibilité sur l’existence, l’affectation ou le cycle de vie d’une garantie ou d’un actif.

L’enjeu devient alors le lien entre :

l’enregistrement numérique, le droit juridiquement reconnu et le registre qui fait foi.

Tokenisation d’actifs financiers

Une banque ou institution financière peut être impliquée comme émetteur, arrangeur, teneur de compte, distributeur, dépositaire ou infrastructure de services autour d’un actif numérique.

Mais la tokenisation doit commencer par la qualification du droit représenté, pas par le choix de la Blockchain.

Lien :

Tokenisation des actifs au Maroc : quels usages et quel cadre ?

Paiements et règlements

La technologie peut être étudiée dans certains schémas de règlement multi-acteurs ou transfrontaliers.

Mais les paiements constituent précisément un domaine dans lequel les infrastructures conventionnelles peuvent être extrêmement performantes.

Au Maroc, le développement rapide du virement instantané démontre qu’une infrastructure classique peut déjà réduire fortement la friction temporelle : Bank Al-Maghrib relève 16 millions d’opérations et 62 milliards de dirhams en 2024.

C’est donc un excellent cas d’application du principe Maymana :

Ne pas confondre besoin de paiement instantané et besoin de Blockchain.

Auditabilité et partage de preuves

Certains processus financiers nécessitent une preuve commune sur :

  • la date d’un événement ;
  • son origine ;
  • son approbation ;
  • sa chronologie ;
  • l’intégrité d’un document ou d’une instruction.

Dans ces situations, la DLT peut servir de couche de preuve sans nécessairement devenir le système métier principal.

Quand une Blockchain n’est-elle pas la bonne architecture bancaire ?

Une institution peut légitimement administrer le référentiel

Un système centralisé est souvent plus simple.

Une API suffit à synchroniser les acteurs

Une DLT ne doit pas remplacer une intégration classique qui fonctionne correctement.

Le problème est uniquement un problème de vitesse

Une infrastructure de paiement instantané ou une architecture événementielle peut traiter ce besoin plus directement.

Les données ne peuvent pas être partagées de manière appropriée

Les données ne peuvent pas être partagées de manière appropriée

Les responsabilités réglementaires restent centralisées

Distribuer la technologie ne distribue pas automatiquement la responsabilité juridique.

Le business case ne couvre pas l’exploitation

Un prototype performant n’est pas suffisant si les coûts de sécurité, gouvernance, support et intégration détruisent le gain attendu.

Blockchain, API ou infrastructure conventionnelle : comment décider ?

Dans les services financiers, la décision doit comparer objectivement une DLT aux infrastructures existantes selon la valeur créée, les contraintes de gouvernance, la confidentialité, la performance, le coût d’exploitation et la réversibilité.

Infographie comparant Blockchain DLT et infrastructure bancaire classique selon la confiance, la réconciliation, la confidentialité, la gouvernance, la performance et la réversibilité.
CritèreArchitecture conventionnelle / APIBlockchain / DLT
Administrateur de confiance acceptéTrès adaptéeSouvent inutile
Plusieurs institutions autonomesAdaptée selon architecturePotentiellement pertinente
Réconciliation entre registresInterfaces nécessairesPeut réduire certaines réconciliations
ConfidentialitéGénéralement plus simpleDoit être conçue finement
Gouvernance partagéeContractuelle / centraliséeÉlément central du modèle
Débit transactionnelGénéralement très performantÀ qualifier
Auditabilité partagéePossiblePotentiel intéressant
Complexité d’exploitationPlus faiblePlus élevée
Intégration au legacyMaîtriséeSouvent structurante
RéversibilitéGénéralement plus simpleÀ concevoir explicitement

Quelle différence entre Blockchain et Open Banking ?

L’Open Banking repose principalement sur l’ouverture contrôlée de services et de données via des interfaces, généralement des API.

Une DLT vise davantage la gestion d’un état commun entre plusieurs participants.

Les deux approches peuvent donc répondre à des problématiques différentes.

Bank Al-Maghrib a identifié l’Open Banking parmi les leviers appelés à favoriser l’innovation dans le secteur bancaire et poursuit plus largement une stratégie de digitalisation et de soutien aux Fintech.

Le raisonnement Maymana reste :

API si une API suffit. DLT uniquement si la coordination distribuée apporte un avantage supplémentaire démontrable.

Une monnaie digitale de banque centrale nécessite-t-elle une Blockchain ?

Non.

MDBC et Blockchain sont deux concepts distincts.

Une monnaie digitale de banque centrale définit principalement la nature monétaire, les usages, l’architecture économique et les modalités de distribution. Sa technologie sous-jacente peut être centralisée, distribuée ou hybride.

Bank Al-Maghrib a engagé depuis plusieurs années des travaux sur une potentielle MDBC, notamment afin d’évaluer sa contribution possible à des objectifs de politique publique tels que l’inclusion financière. La Banque indique poursuivre cette réflexion dans son rapport annuel 2024.

Il serait donc incorrect de présenter une éventuelle MDBC marocaine comme un projet Blockchain tant que l’architecture technologique n’est pas établie publiquement comme telle.

Blockchain bancaire et crypto-actifs : pourquoi faut-il les distinguer ?

Une banque peut étudier une DLT sans proposer de crypto-actifs.

Inversement, une activité portant sur des crypto-actifs génère des questions réglementaires et prudentielles qui dépassent largement la technologie du registre.

Bank Al-Maghrib indique avoir préparé avec les parties prenantes un projet de cadre pour les crypto-actifs, engagé dans le circuit d’adoption, avec une logique visant à concilier innovation, protection des utilisateurs et stabilité financière.

Lien :

Projet de loi 42.25 sur les crypto-actifs au Maroc

Quels risques une banque doit-elle traiter avant d’industrialiser une DLT ?

Confidentialité

Qui peut voir quoi, dans quelles circonstances et pendant combien de temps ?

Cybersécurité

Nœuds, clés, API, applications, smart contracts, identités et infrastructures doivent être intégrés au dispositif global de sécurité.

Bank Al-Maghrib a d’ailleurs renforcé son cadre autour des tests d’intrusion, du Cloud et de la cyber-résilience dans le contexte de digitalisation financière.

LBC-FT et KYC

La traçabilité d’un registre ne remplace ni l’identification des acteurs ni les contrôles réglementaires.

Gouvernance

Qui rejoint le réseau ? Qui le quitte ? Qui modifie les règles ? Qui traite un incident ?

Intégration

Core banking, paiements, risques, comptabilité, reporting, CRM et systèmes réglementaires ne disparaissent pas.

Réversibilité

La banque doit pouvoir maintenir la continuité opérationnelle si l’architecture, un prestataire ou l’écosystème évolue.

Liens :

Gouvernance & contrôles

LBC-FT, KYC & flux

Données & cybersécurité

Pourquoi de nombreux projets Blockchain bancaires ne sont-ils pas industrialisés ?

La technologie précède le problème métier

Le consortium n’a pas de gouvernance viable

Les gains de réconciliation sont supposés, pas mesurés

Les systèmes existants restent indispensables

La conformité arrive après le prototype

Le modèle économique entre participants n’est pas équilibré

Aucun propriétaire opérationnel ne porte l’après-PoC

Conclusion :

Un réseau distribué ne devient pas un service bancaire parce que plusieurs nœuds ont réussi à exécuter une transaction.

Comment démontrer la valeur d’une Blockchain bancaire ?

Le Proof of Concept répond principalement à :

La technologie fonctionne-t-elle ?

Le Proof of Business doit répondre à :

L’industrialisation améliore-t-elle réellement la performance, le risque ou le service ?

Pour Maymana, il faut mesurer au minimum :

coût actuel de réconciliation, délais, taux d’erreur, nombre d’interventions manuelles, coûts d’exploitation, risque opérationnel, niveau d’adoption, conformité, cybersécurité, intégration et valeur pour chaque participant.

10 questions avant de lancer une Blockchain dans les services financiers

  • Quelle friction bancaire voulons-nous éliminer ?
  • Quel est son coût actuel ?
  • Combien d’institutions interviennent ?
  • Pourquoi une API ou une infrastructure mutualisée ne suffit-elle pas ?
  • Quelle information doit réellement être partagée ?
  • Quelles données doivent rester hors registre ?
  • Qui gouvernera le réseau ?
  • Quelle valeur recevra chaque participant ?
  • Comment mesurerons-nous le Proof of Business ?
  • Quelle stratégie de réversibilité est prévue ?

Si la quatrième question n’a pas de réponse convaincante, il est probablement trop tôt pour choisir une DLT.

Comment Maymana évalue un cas d’usage Blockchain dans la banque

  • Quelle friction bancaire voulons-nous éliminer ?
  • Quel est son coût actuel ?
  • Combien d’institutions interviennent ?
  • Pourquoi une API ou une infrastructure mutualisée ne suffit-elle pas ?
  • Quelle information doit réellement être partagée ?
  • Quelles données doivent rester hors registre ?
  • Qui gouvernera le réseau ?
  • Quelle valeur recevra chaque participant ?
  • Comment mesurerons-nous le Proof of Business ?
  • Quelle stratégie de réversibilité est prévue ?

Si la quatrième question n’a pas de réponse convaincante, il est probablement trop tôt pour choisir une DLT.

F0 — Activer et cadrer

Sponsor, processus, parties prenantes, enjeu et critères d’arrêt.

F1 — Cartographier les frictions

Transactions, acteurs, systèmes, réconciliations, documents, délais et contrôles.

F2 — Quantifier et comparer

Baseline et comparaison explicite :

processus optimisé / API / plateforme mutualisée / automatisation / DLT / architecture hybride.

F3 — Concevoir et sécuriser

Architecture, données, permissions, identité, conformité, gouvernance et intégrations.

F4 — Prouver la valeur

Proof of Business avec KPI définis avant le test.

F5 — Industrialiser et transférer

Operating model, exploitation, sécurité, gouvernance, bénéfices et transfert aux équipes.

Questions fréquentes sur la Blockchain dans les banques au Maroc

1 Les banques marocaines utilisent-elles déjà la Blockchain ?

Des acteurs financiers peuvent expérimenter différentes technologies DLT, mais il ne faut pas généraliser l’existence ou l’industrialisation d’une architecture particulière sans information publique vérifiable.

2 La Blockchain peut-elle remplacer le système bancaire ?

Non. Elle constitue une architecture possible pour certains processus et ne remplace ni les institutions, ni la réglementation, ni les systèmes bancaires dans leur ensemble.

3 La Blockchain est-elle utile pour les paiements au Maroc ?

Elle peut être étudiée dans certains schémas, mais le besoin de rapidité n’est pas en soi un argument suffisant. Le virement instantané marocain démontre qu’une infrastructure conventionnelle peut déjà apporter des paiements très rapides.

4 Une Blockchain peut-elle simplifier le KYC ?

Elle peut faciliter certaines preuves ou certains échanges, mais chaque institution doit conserver les responsabilités réglementaires qui lui incombent.

5 Blockchain et Open Banking sont-ils concurrents ?

Pas nécessairement. L’Open Banking s’appuie principalement sur des interfaces contrôlées ; une DLT répond plutôt à des problématiques de référentiel et de gouvernance multi-acteurs.

6 Une monnaie digitale de Bank Al-Maghrib utiliserait-elle une Blockchain ?

Ce n’est pas acquis. Une MDBC peut s’appuyer sur plusieurs architectures technologiques. Bank Al-Maghrib étudie le sujet sans que cela permette d’assimiler automatiquement MDBC et Blockchain.

7 Les crypto-actifs et la Blockchain bancaire sont-ils la même chose ?

Non. Une DLT peut être utilisée sans crypto-actifs et les activités sur crypto-actifs comportent leurs propres enjeux réglementaires.

8 Comment une banque doit-elle démarrer un projet Blockchain ?

Par une friction mesurable et un business case, puis par une comparaison avec les solutions conventionnelles avant de sélectionner l’architecture.

Votre institution a identifié une friction multi-acteurs ?

Avant de lancer un PoC Blockchain, il faut déterminer si une architecture distribuée crée réellement davantage de valeur qu’une API, une infrastructure mutualisée ou un processus conventionnel optimisé.