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Tokenisation des actifs au Maroc : quels usages et quel cadre ?
La tokenisation consiste à représenter numériquement une valeur, un droit, un actif ou certaines de ses caractéristiques au moyen d’un token.
Elle peut concerner des instruments financiers, des actifs réels, des créances, des droits économiques, des certificats ou d’autres éléments dont le cycle de vie peut bénéficier d’une infrastructure numérique partagée.
Mais la création d’un token ne transforme pas automatiquement un actif en produit financier nouveau, ne transfère pas nécessairement sa propriété et ne garantit pas qu’un droit soit juridiquement opposable.
La première question n’est donc pas :
« Sur quelle Blockchain allons-nous créer le token ? »
mais :
« Que représente exactement le token et quel effet doit-il produire ? »
Maymana Consulting aborde la tokenisation comme un sujet de modèle économique, qualification des droits, gouvernance, architecture, conformité et industrialisation.
Qu’est-ce que la tokenisation d’un actif ?
Tokeniser consiste à associer un token numérique à un actif, un droit, une créance, une unité de valeur ou une preuve.
Selon le projet, le token peut servir à :
- identifier un actif ;
- représenter un droit ;
- enregistrer une fraction économique ;
- matérialiser une créance ;
- certifier une caractéristique ;
- automatiser certaines règles ;
- faciliter un transfert ;
- enregistrer des événements liés au cycle de vie d’un actif.
Mais toutes ces fonctions sont différentes.
Un token utilisé comme certificat de traçabilité ne doit pas être analysé comme un token représentant un droit financier.
De la même manière, représenter numériquement un actif ne signifie pas nécessairement que la propriété juridique de cet actif se transmet par le transfert du token.
Tokenisation, dématérialisation et titrisation : quelles différences ?
La dématérialisation
Elle remplace un support physique par un enregistrement numérique.
Au Maroc, l’AMMC rappelle par exemple que les titres cotés sont dématérialisés et représentés par des inscriptions en compte.
Dématérialisé ne signifie donc pas automatiquement tokenisé.
La tokenisation
Elle ajoute une représentation numérique pouvant notamment être portée par une Blockchain ou une autre DLT et intégrer des règles programmables.
L’AMMC suit directement les travaux internationaux portant sur la représentation numérique d’instruments existants et sur l’émission native d’instruments via DLT.
La titrisation
La titrisation est un mécanisme financier et juridique spécifique. Le Maroc dispose déjà d’un cadre dédié, notamment autour de la loi n°33-06 et de ses textes d’application.
Une opération peut éventuellement associer différentes technologies numériques à une structure financière, mais tokenisation et titrisation ne sont pas synonymes.
Quels actifs ou droits peuvent être étudiés pour une tokenisation ?
La bonne réponse n’est pas « tout ».
Il faut distinguer plusieurs catégories.
Actifs financiers
La tokenisation peut porter sur la représentation ou l’émission numérique de certains instruments financiers, sous réserve de leur qualification et du cadre applicable.
C’est précisément l’un des sujets suivis par l’AMMC dans les travaux internationaux de l’IOSCO.
Immobilier et actifs réels
Un projet peut chercher à représenter :
- certains droits économiques ;
- une participation ;
- des flux liés à un actif ;
- des preuves ;
- des événements du cycle de vie ;
- certaines caractéristiques de propriété ou d’exploitation.
Mais un token ne doit jamais être présenté comme transférant automatiquement un droit immobilier sans validation de la mécanique juridique correspondante.
Lien :
Créances et flux futurs
Des créances ou flux contractuels peuvent faire l’objet de représentations numériques.
Il faut néanmoins distinguer :
la numérisation du suivi de la créance
de
la représentation juridiquement transférable du droit de créance.
Titres, certificats et preuves
Un token peut servir à certifier :
- l’origine ;
- l’authenticité ;
- une conformité ;
- un événement ;
- une caractéristique ;
- un droit d’accès.
Dans ce cas, sa fonction peut être essentiellement probatoire ou opérationnelle plutôt que financière.
Droits d’usage et services
Un token peut permettre d’accéder à un service, une fonctionnalité ou une capacité déterminée.
Cette utilisation doit être distinguée d’un instrument recherché pour sa valeur financière ou son potentiel de revente.
Un token représente-t-il automatiquement la propriété d’un actif ?
Non.
C’est l’un des points les plus importants de cette page.
La propriété du token et la propriété de l’actif sous-jacent peuvent être deux réalités différentes.
Avant tout projet, il faut déterminer :
- quel actif ou droit existe juridiquement ;
- qui en est titulaire ;
- quel document ou registre établit ce droit ;
- ce que représente juridiquement le token ;
- si son transfert produit un effet sur le droit sous-jacent ;
- comment les deux registres restent synchronisés ;
- quelle règle prévaut en cas de divergence.
La tokenisation permet-elle de fractionner un actif ?
Techniquement, une infrastructure numérique peut créer un grand nombre d’unités représentant une valeur donnée.
Mais fractionner techniquement un token ne signifie pas nécessairement que l’actif ou le droit sous-jacent peut être juridiquement fractionné, distribué ou transféré dans les mêmes conditions.
Il faut notamment examiner :
- la nature du droit ;
- le statut de l’émetteur ;
- les bénéficiaires ;
- les règles de transfert ;
- les droits économiques ;
- la gouvernance ;
- les mécanismes de sortie ;
- la réglementation éventuellement applicable.
Quel lien entre tokenisation et projet de loi 42.25 au Maroc ?
C’est ici qu’il faut être extrêmement précis.
Toute tokenisation n’entre pas automatiquement dans le champ du projet de loi 42.25.
Le raisonnement doit fonctionner dans l’autre sens :
Il faut d’abord analyser les caractéristiques du token pour déterminer sa qualification et le régime susceptible de lui être applicable.
Le projet marocain relatif aux crypto-actifs vise notamment l’encadrement des marchés et prestataires de services sur crypto-actifs ainsi que certains émetteurs et catégories de jetons. L’AMMC continue de présenter ce texte comme un projet dans ses travaux récents, ce qui impose de ne pas le présenter comme une loi définitivement entrée en vigueur.
Comprendre le projet de loi 42.25 sur les crypto-actifs au Maroc
8 questions avant de tokeniser un actif
1. Quel actif ou quel droit voulons-nous représenter ?
Il faut commencer par le sous-jacent, pas par le token.
2. Quel droit le détenteur du token obtient-il ?
Propriété ? Créance ? Usage ? Revenu ? Vote ? Preuve ? Accès ?
3. Qui émet le token ?
L’émetteur doit avoir la capacité opérationnelle et, le cas échéant, juridique de créer la représentation proposée.
4. Quel registre fait foi ?
Blockchain, registre légal, dépositaire, système interne ou combinaison de plusieurs sources ?
5. Le token peut-il être transféré ?
Et si oui, à qui, dans quelles conditions et avec quels contrôles ?
6. Comment l’actif et le token restent-ils synchronisés ?
Que se passe-t-il si l’actif est vendu, détruit, modifié, saisi ou devient indisponible ?
7. Quelle valeur la tokenisation crée-t-elle ?
Liquidité, automatisation, réconciliation, accès, traçabilité, distribution, rapidité ?
8. Pourquoi une base de données classique ne suffit-elle pas ?
Si cette question reste sans réponse convaincante, la DLT n’est probablement pas encore justifiée.
Quels bénéfices une tokenisation peut-elle réellement apporter ?
La tokenisation ne crée de valeur que si elle améliore concrètement un processus, un droit, un flux ou une coordination entre acteurs. Ses bénéfices doivent donc être mesurés avant de choisir l’architecture technique.
Réduire certaines réconciliations
Un référentiel partagé peut limiter des divergences entre systèmes.
Automatiser des règles
Des opérations peuvent être déclenchées selon des conditions préalablement définies.
Améliorer la traçabilité
L’historique d’un actif ou de certaines preuves peut être partagé entre plusieurs parties.
Simplifier certaines opérations multi-acteurs
Lorsque plusieurs organisations doivent gérer les mêmes événements, une architecture commune peut créer de la valeur.
Créer de nouveaux modèles de distribution
Certains projets peuvent envisager de nouvelles modalités d’accès, de détention ou d’échange — à condition que le cadre juridique les permette.
Pourquoi les projets de tokenisation échouent-ils ?
Le token a été conçu avant le droit
Le projet commence avec Ethereum, Polygon ou une autre technologie avant même de déterminer ce que représente le token.
Le lien avec l’actif réel est fragile
La Blockchain peut être exacte tandis que l’information qui y entre est fausse ou obsolète.
La liquidité est supposée plutôt que démontrée
Créer un token ne crée pas automatiquement un marché ni des acheteurs.
La gouvernance est incomplète
Qui bloque un token ? Qui traite une erreur ? Qui remplace une clé perdue ? Qui gère une succession ou une décision judiciaire ?
L’intégration au système existant a été sous-estimée
ERP, comptabilité, registres, identité, KYC, paiements et systèmes métier restent souvent indispensables.
Une Blockchain est-elle nécessaire pour tokeniser ?
Pas systématiquement.
Un projet peut reposer sur :
- une base centralisée ;
- un registre distribué permissionné ;
- une Blockchain publique ;
- une architecture hybride ;
- plusieurs registres synchronisés.
La question n’est pas de savoir quelle Blockchain est la meilleure.
La question est :
Quelle architecture offre le meilleur niveau de valeur, de contrôle, de sécurité, de conformité et d’exploitabilité pour le cas d’usage ?
Lien :
Quels enjeux de conformité faut-il intégrer dès la conception ?
Selon le projet :
- qualification juridique du token ;
- statut de l’actif sous-jacent ;
- identité des acteurs ;
- KYC ;
- LBC-FT ;
- données personnelles ;
- cybersécurité ;
- droits des détenteurs ;
- gouvernance ;
- conservation ;
- transferts ;
- auditabilité ;
- réversibilité.
Liens :
Comment Maymana évalue un projet de tokenisation
F0 — Cadrer
Actif, sponsor, objectifs, parties prenantes et critères de décision.
F1 — Cartographier
Actif, droits, flux, données, registres, responsabilités et frictions.
F2 — Quantifier et qualifier
Business case, valeur, alternatives technologiques et première qualification réglementaire.
F3 — Concevoir
Architecture, token model, identité, conformité, gouvernance, intégrations et contrôles.
F4 — Prouver
Proof of Business avec un périmètre contrôlé et des KPI définis avant le test.
F5 — Industrialiser
Operating model, gouvernance, sécurité, exploitation, transfert et mesure des bénéfices.
Questions fréquentes sur la tokenisation au Maroc
1 Qu’est-ce que la tokenisation d’un actif ?
La tokenisation consiste à représenter numériquement un actif, un droit, une valeur ou une preuve au moyen d’un token.
2 La tokenisation est-elle légale au Maroc ?
Il n’existe pas une réponse unique pour toutes les tokenisations. Le régime dépend notamment de la nature du token, du droit représenté, de l’activité, des acteurs et des règles sectorielles applicables.
3 Peut-on tokeniser un bien immobilier au Maroc ?
Peut-on tokeniser un bien immobilier au Maroc ?
4 Tokenisation et crypto-monnaie sont-elles la même chose ?
Non. Un token peut représenter de nombreuses catégories de droits ou d’usages. Toutes les tokenisations ne sont pas des crypto-monnaies.
5 Quelle différence entre tokenisation et titrisation ?
La titrisation est une technique financière et juridique spécifique. La tokenisation désigne un mécanisme de représentation numérique. Les deux concepts peuvent éventuellement se rencontrer mais ne sont pas équivalents.
6 Faut-il utiliser une Blockchain pour tokeniser un actif ?
Pas nécessairement. Le choix entre Blockchain, DLT permissionnée, registre centralisé ou architecture hybride dépend du cas d’usage.
7 Un token garantit-il la propriété de l’actif ?
Non. Il faut établir juridiquement le lien entre le token et le droit ou l’actif sous-jacent.
8 Comment démarrer un projet de tokenisation ?
Commencer par qualifier l’actif, le droit représenté, les acteurs, la valeur recherchée, les contraintes réglementaires et les alternatives avant de sélectionner la technologie.
Vous envisagez de tokeniser un actif, un droit ou un flux ?
Avant de choisir une Blockchain ou de créer un token, il faut établir ce que le token représente, quelle valeur il crée et comment il s’intègre aux droits, registres, contrôles et systèmes existants.
