Maymana Consulting
Infographie Maymana Consulting montrant comment identifier, mesurer et prioriser une friction opérationnelle avant de décider d’une transformation.
ANALYSE MAYMANA | DÉCISION & TRANSFORMATION

Comment identifier une friction opérationnelle qui mérite réellement d’être transformée ?

Toutes les inefficacités d’une organisation ne méritent pas un programme de transformation.

Certaines sont irritantes mais marginales. D’autres sont coûteuses mais peuvent être corrigées par une modification de procédure. Certaines, enfin, se répètent à grande échelle, immobilisent des ressources, créent des litiges ou obligent plusieurs acteurs à maintenir des versions différentes d’une même information.

C’est cette dernière catégorie qui mérite une attention particulière.

Avant de parler de Blockchain, d’intelligence artificielle, d’automatisation ou même de refonte du système d’information, une direction devrait donc commencer par une question plus fondamentale :

où se trouve réellement la friction opérationnelle ?

Une friction n’est pas simplement un problème

Une friction opérationnelle est un point du processus où l’organisation consomme davantage de temps, de ressources, de capital ou de contrôle que nécessaire pour produire le résultat attendu.

Elle peut prendre des formes très différentes :

  • une information saisie plusieurs fois ;
  • une validation qui attend plusieurs jours ;
  • deux systèmes qui doivent être rapprochés manuellement ;
  • un paiement bloqué faute de justificatif ;
  • un document dont plusieurs versions circulent ;
  • un litige sur la date ou l’auteur d’une opération ;
  • un contrôle qui doit être recommencé par plusieurs acteurs ;
  • un actif difficile à localiser ou à suivre ;
  • une opération qui nécessite systématiquement une intervention humaine ;
  • une information que plusieurs organisations doivent vérifier sans partager le même référentiel.

Pris isolément, chacun de ces événements peut sembler mineur.

À l’échelle de milliers d’opérations, il peut devenir un coût structurel.

Commencer par observer le processus réel

Les procédures décrites dans les manuels ne correspondent pas toujours au fonctionnement réel d’une organisation.

Un processus officiellement composé de cinq étapes peut, en pratique, comporter :

  • des fichiers Excel intermédiaires ;
  • des échanges par e-mail ;
  • des validations téléphoniques ;
  • des ressaisies ;
  • des contrôles informels ;
  • des exceptions gérées hors système ;
  • des rapprochements réalisés en fin de journée ou de mois.

Le diagnostic doit donc observer le As-Is, c’est-à-dire la manière dont le travail est effectivement réalisé.

La question utile n’est pas :

« Comment ce processus est-il censé fonctionner ? »

mais :

« Que se passe-t-il réellement entre le début et la fin de l’opération ? »

C’est souvent dans cet écart que se trouvent les frictions les plus coûteuses.

Cinq signaux indiquent qu’une friction mérite d’être étudiée

Toutes les anomalies ne justifient pas une transformation. Plusieurs critères permettent de distinguer une friction structurante d’un simple irritant.

1. Elle se répète

Une exception exceptionnelle est rarement prioritaire.

En revanche, une opération manuelle répétée plusieurs centaines ou milliers de fois par mois peut justifier une intervention même si son coût unitaire paraît faible.

La fréquence transforme parfois un petit gaspillage en coût significatif.

2. Elle mobilise plusieurs acteurs

Plus un processus traverse de fonctions, de systèmes ou d’organisations, plus le risque de friction augmente.

Une opération qui implique simultanément métier, finance, conformité, fournisseur, client et partenaire logistique peut générer :

  • des attentes ;
  • des divergences d’information ;
  • des validations successives ;
  • des responsabilités difficiles à attribuer.

Les environnements multi-acteurs sont donc particulièrement importants à analyser.

3. Elle produit un coût mesurable

Une friction devient réellement décisionnelle lorsqu’elle peut être reliée à un indicateur.

Par exemple :

  • heures de traitement ;
  • coût administratif ;
  • délai moyen ;
  • nombre de litiges ;
  • taux d’erreur ;
  • montants immobilisés ;
  • pertes d’actifs ;
  • nombre de réconciliations ;
  • taux d’exceptions ;
  • coût de contrôle ou d’audit.

Sans mesure, le problème reste une perception.

Avec une mesure, il devient une hypothèse de business case.

4. Elle affecte une priorité métier

Une friction peut être coûteuse sans être stratégique.

La priorité augmente lorsqu’elle affecte directement :

  • le cash-flow ;
  • le besoin en fonds de roulement ;
  • la marge ;
  • la satisfaction client ;
  • la capacité de production ;
  • le risque ;
  • la conformité ;
  • le délai de mise sur le marché ;
  • la capacité à créer un nouveau revenu.

Une bonne transformation traite donc des frictions reliées à une priorité de direction.

5. Elle possède un responsable métier

Une friction sans propriétaire devient facilement un projet technologique sans décisionnaire.

Pour être transformable, elle doit être portée par une fonction capable de :

  • confirmer le problème ;
  • fournir les données ;
  • arbitrer le processus ;
  • valider les indicateurs ;
  • accepter les changements ;
  • mesurer les résultats.

Le sponsor exécutif donne le mandat. Le propriétaire métier porte le résultat.

Mesurer avant d’améliorer : le rôle de la baseline

Une fois la friction identifiée, la priorité est de mesurer l’état initial.

C’est la baseline.

Prenons un processus qui fait l’objet de réconciliations manuelles entre plusieurs acteurs.

La baseline pourrait préciser :

  • 12 000 opérations par mois ;
  • 8 % nécessitant une intervention manuelle ;
  • 18 minutes en moyenne par exception ;
  • 2,5 jours de délai supplémentaire ;
  • 3 équipes impliquées ;
  • un certain volume de litiges ou d’écarts.

Ces données permettent ensuite de déterminer si une modification du processus crée réellement de la valeur.

Sans baseline, un pilote peut sembler impressionnant sans que personne puisse démontrer qu’il améliore la situation.

Chercher la cause, pas seulement le symptôme

Un même symptôme peut avoir des causes très différentes.

Prenons un délai de validation.

Il peut être provoqué par :

  • une mauvaise répartition des responsabilités ;
  • une interface utilisateur inefficace ;
  • des données incomplètes ;
  • une réglementation interne trop lourde ;
  • l’absence d’intégration entre deux applications ;
  • la nécessité de vérifier une information auprès d’un tiers ;
  • une architecture de confiance mal adaptée entre plusieurs organisations.

Les solutions sont évidemment différentes.

Automatiser un mauvais processus ne résout pas nécessairement sa cause.

De même, utiliser une Blockchain pour compenser une mauvaise qualité de données ne crée pas une donnée fiable.

La première valeur du diagnostic est donc parfois de démontrer que la difficulté n’est pas technologique.

Toutes les frictions ne sont pas éligibles à une DLT

Une friction peut parfaitement justifier une transformation sans justifier une Blockchain.

C’est une distinction essentielle.

Si une seule organisation contrôle légitimement le processus et les données, une architecture centralisée peut être préférable.

Si le problème provient uniquement d’une absence d’API entre deux applications, l’intégration peut suffire.

Si le principal problème est un workflow mal conçu, il vaut mieux commencer par le simplifier.

Une architecture distribuée devient plus intéressante lorsque plusieurs organisations autonomes doivent partager et vérifier des événements, alors qu’aucune ne devrait pouvoir administrer seule la vérité commune.

La question Blockchain intervient donc après la qualification de la friction.

Jamais avant.

La friction doit être traduite en hypothèse de valeur

Une fois le problème observé et mesuré, il faut formuler ce que sa transformation pourrait produire.

Par exemple :

Friction : rapprochements manuels entre plusieurs systèmes.

Hypothèse de valeur : réduire le nombre d’exceptions et le coût de réconciliation.

Ou :

Friction : impossibilité de suivre de manière fiable le cycle de vie d’un équipement.

Hypothèse de valeur : améliorer le taux de récupération, réduire les pertes et accélérer les recherches.

Ou encore :

Friction : plusieurs organisations vérifient indépendamment les mêmes justificatifs.

Hypothèse de valeur : partager une preuve vérifiable permettant de réduire les contrôles redondants.

Cette formulation est déterminante.

Elle transforme une observation opérationnelle en question d’investissement.

Prioriser plutôt que chercher à tout transformer

Une organisation peut identifier plusieurs dizaines de frictions.

Toutes ne doivent pas entrer simultanément dans un programme.

Il faut donc les comparer selon plusieurs dimensions :

Valeur potentielle
Quel impact peut réellement être obtenu ?

Mesurabilité
Existe-t-il suffisamment de données pour établir une baseline ?

Faisabilité
Le processus peut-il être modifié sans perturber une activité critique ?

Complexité de l’écosystème
Combien d’acteurs doivent être mobilisés ?

Risque et conformité
Quelles contraintes doivent être maîtrisées ?

Adoption
Les utilisateurs et partenaires ont-ils une raison d’accepter le nouveau processus ?

Délai de preuve
Peut-on obtenir un résultat exploitable dans un périmètre limité ?

Une friction prioritaire se situe généralement à l’intersection d’une valeur significative et d’une capacité raisonnable à la démontrer.

Une bonne friction permet aussi d’arrêter

Un diagnostic professionnel ne doit pas être construit pour justifier un projet.

Il doit permettre de décider.

Certaines frictions sont réelles mais trop petites.

D’autres sont importantes mais impossibles à mesurer correctement.

Certaines nécessitent simplement une amélioration des procédures.

D’autres encore peuvent être résolues avec des technologies déjà présentes dans l’organisation.

Dans ces situations, la bonne décision peut être :

ne pas poursuivre.

Le No-Go fait donc partie du processus de création de valeur.

Il évite d’investir dans une solution plus complexe que le problème qu’elle prétend résoudre.

De la friction à la décision

Une direction qui souhaite évaluer une opportunité de transformation peut donc suivre une séquence simple.

Observer.
Que se passe-t-il réellement dans le processus ?

Localiser.
Où apparaissent les délais, contrôles, erreurs, réconciliations ou litiges ?

Mesurer.
Quel est leur coût ou leur impact actuel ?

Comprendre.
Quelle est la cause profonde de la friction ?

Prioriser.
La valeur potentielle justifie-t-elle une intervention ?

Comparer.
Quelle option — processus, workflow, API, automatisation, base de données, DLT — répond le mieux au besoin ?

Cette discipline constitue le point de départ de la Méthode F5.

F1 cartographie les frictions et construit la baseline. F2 les quantifie, compare les alternatives et détermine lesquelles méritent réellement d’être transformées.

La question à poser au prochain comité de transformation

Lorsqu’un nouveau projet est proposé, une direction peut demander :

« Quelle friction précise voulons-nous éliminer, comment savons-nous qu’elle existe et combien nous coûte-t-elle aujourd’hui ? »

Si personne ne peut répondre clairement à ces trois questions, il est probablement prématuré de discuter de technologie.

La transformation commence lorsque le problème devient observable, mesurable et suffisamment important pour justifier une décision.

Une friction affecte un processus critique de votre organisation ?

Maymana Consulting accompagne les entreprises et institutions dans la cartographie des processus, la construction de la baseline, la quantification des impacts et la qualification des options de transformation.

Samir Bennani

Architecte de Performance & Manager de Transition

https://maymana.consulting/teams/samir-bennani/